Qu’on ne s’y trompe pas : le lecteur est aussi nu que l’auteur, mais il le sait rarement. Certains ont les yeux acérés, ils traquent et débusquent, la mine satisfaite, l’auteur qui pourtant se croyait bien caché et se trouve soudain exposé sans défense. Le lecteur-voyeur adore cela, il exulte, il le cite, sourire en coin – voyez comme je suis futé ! – et lui met le nez dans l’indéniable : vous l’écrivez, regardez, c’est là, à la page vingt-neuf ! C’est bien vous, non ? On vous reconnaît bien là ! Et de lui lancer un regard presque condescendant, et de s’enorgueillir par ce regard d’être un si fin limier. Oubliant qu’il n’a plus rien sur le dos, lui non plus. Que ce sont les mots qui habillent, et que chacun se vêtit à sa manière. Que ce qu’on prend pour la nudité de l’un n’est que les oripeaux de l’autre. Prenez un livre à nu, regardez-le, touchez-le, humez-le, même. J’aime les lecteurs aux yeux candides qui se sont dévêtus.
"Les Nus de Marianne" Textes & Photographies
Un auteur (Debruys) et une photographe (Le Guiffant)... Il faudrait qu'on ne sache pas lequel du texte ou de la photographie met l'autre en valeur. Il faudrait que l'un vive fort bien sans l'autre, et qu'associés ils aient soudain une nouvelle raison de vivre, puis que cette vie-là déborde un peu...
lundi 7 juin 2010
lundi 18 mai 2009
Vous écrivez comment? Nue.
vendredi 16 janvier 2009
Il ment, mais pas vraiment...
lundi 22 décembre 2008
La Muse au balcon
Moi, là, en mal d’inspiration, qui prends des airs d’ailleurs, mystérieux et non concernés. Des airs de faux-semblants, avec tous les accessoires. Je m’échine à cacher l’essentiel : je mets le corps tout devant, et je l’habille a minima pour qu’on ne voie que le contraste. Et je regarde loin, loin, vers la fenêtre, et savez-vous ce qui s’y passe ? Une jeune femme aux mines angoissées appelle un chat en équilibre sur le bord d’un balcon, la queue en l’air et frémissante, les yeux rivés sur le balcon voisin où sautille un moineau. Il se ramasse avec lenteur, se rattrape de justesse, la maîtresse pousse un cri et devient pâle. Elle prend alors une drôle de décision : plutôt que de chasser le moineau, elle veut saisir le chat.
L’un d’eux fait un bond, l’autre rate le rebord.
Je ne sais plus que faire. On voit bien qu’il n’y a pas de feuille dans cette machine, comme on voit qu’elle est vieille et sensible. Elle fait un petit bruit sec quand une touche s’enfonce. Quand on tape vite on dirait qu’elle vous crible de balles. Je rentre le ventre et serre les jambes en laissant le pied nonchalant. Je fais toujours cela : je prends des airs de rien même devant les catastrophes.
mercredi 10 décembre 2008
L'appel
Elle est allée nue dans le salon, la bouteille et le verre dans une main, les comprimés dans l’autre. Elle a tout posé sur le plancher, au centre de la pièce, s’est assise en tailleur et a regardé dehors un instant : la nuit commence à peine à tomber, le ciel est violacé et tendre. Elle fait couler le vin, ouvre la boîte et avale d’un trait quatre comprimés, hésite, et engloutit finalement le reste. Avec un peu de café, ça passera tout seul. Puis elle compose le numéro, murmure leur message, tu as quinze minutes, s’allonge et ferme les yeux.
Elle a calculé le temps au plus juste. Seulement celui qu’elle croit à la Défense vient de sauter dans un train qui l’emmène à toute allure vers Londres. Il a tapoté sur son portable en partant, mais le réseau a fait la sourde oreille. Réunion, 2 retour 2m1 matin, je TM. Le message met des lustres à arriver. Quand son téléphone fait enfin un bip, il est sous la Manche, et elle dort depuis longtemps.
jeudi 4 décembre 2008
A nu, ou presque
C'est si simple, que c'en est désarmant.
Mais voyez-vous ma lèvre qui se retrousse légèrement, là? C'est la seule mise en garde que je laisse à l'air libre, la seule dissonance démentie par mon regard limpide.
Il faudrait bien chercher, dans les visages rieurs et rassurants, la lèvre qui se retrousse... Ils ont souvent l'air de ce qu'ils ne sont pas, ces tendres visages-là. Par sursaut moral, ou par jeu pur, ils vous le susurrent du bout des lèvres, en débordant d'efforts pour que vous ne les croyiez pas.
jeudi 27 novembre 2008
Un homme conquérant en diable
L'air, justement, n'a jamais été aussi souple. Il glisse sur ma poitrine et enveloppe tous mes souvenirs. Celui de la grande maison d'enfance, avec nos hurlements de joie ou de terreur. Course dans les arbres, être le premier à atteindre le haut, oublier qu'on pourrait tomber; d'ailleurs, Marc est tombé, mais sur la mousse. On est rentrés tout penauds, Marc à cloche-pied, la tête résonnant de nos avertissements. Il n'a rien dit, pour les arbres.
Dès que le jardinier du domaine avait le dos tourné, hop! On s'échappait, on filait à la queue leu leu d'un buisson à l'autre, on dévalait le sentier, on arrivait tout en bas au bord du ruisseau, et là, on découvrait les arbres. Le jeu, le défi sans cesse renouvelé, était de passer le ruisseau par le haut, en les escaladant pour s'agripper aux branches qui se rejoignaient au-dessus de l'eau à quinze mètres du sol. J'ai failli réussir, tel que vous me voyez, il s'en est fallu d'un cheveu. Il y a eu un crac, et je me suis retrouvé les fesses dans l'eau, directement sur les cailloux. J'en ai gardé une marque sur la fesse gauche, en forme de... en forme de pas grand chose, à dire vrai. Malgré tout, mes fiancées ont toutes cherché à y reconnaître une forme quelconque. Elles passent une main douce sur mes rebonds musclés, leurs doigts étonnés contournent la trace imprimée dans ma chair, la dépassent, mais bientôt reviennent, hésitants, puis s'enhardissent et s'y posent comme des fleurs. C'est au tour de leur bouche de l'effleurer, la pointe d'une langue délicate s'y attarde, puis elles me serrent soudain contre leur visage, leurs deux mains bien à plat sur mes fesses. Je suis heureux comme un diable de dix ans.
Dès que le jardinier du domaine avait le dos tourné, hop! On s'échappait, on filait à la queue leu leu d'un buisson à l'autre, on dévalait le sentier, on arrivait tout en bas au bord du ruisseau, et là, on découvrait les arbres. Le jeu, le défi sans cesse renouvelé, était de passer le ruisseau par le haut, en les escaladant pour s'agripper aux branches qui se rejoignaient au-dessus de l'eau à quinze mètres du sol. J'ai failli réussir, tel que vous me voyez, il s'en est fallu d'un cheveu. Il y a eu un crac, et je me suis retrouvé les fesses dans l'eau, directement sur les cailloux. J'en ai gardé une marque sur la fesse gauche, en forme de... en forme de pas grand chose, à dire vrai. Malgré tout, mes fiancées ont toutes cherché à y reconnaître une forme quelconque. Elles passent une main douce sur mes rebonds musclés, leurs doigts étonnés contournent la trace imprimée dans ma chair, la dépassent, mais bientôt reviennent, hésitants, puis s'enhardissent et s'y posent comme des fleurs. C'est au tour de leur bouche de l'effleurer, la pointe d'une langue délicate s'y attarde, puis elles me serrent soudain contre leur visage, leurs deux mains bien à plat sur mes fesses. Je suis heureux comme un diable de dix ans.
lundi 10 novembre 2008
L'aveu
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