jeudi 4 décembre 2008

A nu, ou presque

J'ai l'air si doux, qu'on voudrait s'y tromper. On me regarde avec des naïvetés d'enfant, on esquisse des sourires et un premier geste confiant. Je suis de ces points de repère dans les foules, j'ai la physionomie de ceux de qui rien n'est à craindre: on me confie ses affaires le temps d'aller chercher un café; on me demande de surveiller une poussette, avec l'enfant assis innocemment dedans; on engage la conversation dans une file immobile, et l'on me confie ce que l'on devrait taire. J'offre avec gourmandise ce regard que l'on cherche: je fais mes plus beaux sourires, mes mines les plus avenantes, je réponds d'une voix aussi douce que mon air...
C'est si simple, que c'en est désarmant.
Mais voyez-vous ma lèvre qui se retrousse légèrement, là? C'est la seule mise en garde que je laisse à l'air libre, la seule dissonance démentie par mon regard limpide.
Il faudrait bien chercher, dans les visages rieurs et rassurants, la lèvre qui se retrousse... Ils ont souvent l'air de ce qu'ils ne sont pas, ces tendres visages-là. Par sursaut moral, ou par jeu pur, ils vous le susurrent du bout des lèvres, en débordant d'efforts pour que vous ne les croyiez pas.

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