lundi 7 juin 2010

Comme un ver...

Qu’on ne s’y trompe pas : le lecteur est aussi nu que l’auteur, mais il le sait rarement. Certains ont les yeux acérés, ils traquent et débusquent, la mine satisfaite, l’auteur qui pourtant se croyait bien caché et se trouve soudain exposé sans défense. Le lecteur-voyeur adore cela, il exulte, il le cite, sourire en coin – voyez comme je suis futé ! – et lui met le nez dans l’indéniable : vous l’écrivez, regardez, c’est là, à la page vingt-neuf ! C’est bien vous, non ? On vous reconnaît bien là ! Et de lui lancer un regard presque condescendant, et de s’enorgueillir par ce regard d’être un si fin limier. Oubliant qu’il n’a plus rien sur le dos, lui non plus. Que ce sont les mots qui habillent, et que chacun se vêtit à sa manière. Que ce qu’on prend pour la nudité de l’un n’est que les oripeaux de l’autre. Prenez un livre à nu, regardez-le, touchez-le, humez-le, même. J’aime les lecteurs aux yeux candides qui se sont dévêtus.

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