Moi, là, en mal d’inspiration, qui prends des airs d’ailleurs, mystérieux et non concernés. Des airs de faux-semblants, avec tous les accessoires. Je m’échine à cacher l’essentiel : je mets le corps tout devant, et je l’habille a minima pour qu’on ne voie que le contraste. Et je regarde loin, loin, vers la fenêtre, et savez-vous ce qui s’y passe ? Une jeune femme aux mines angoissées appelle un chat en équilibre sur le bord d’un balcon, la queue en l’air et frémissante, les yeux rivés sur le balcon voisin où sautille un moineau. Il se ramasse avec lenteur, se rattrape de justesse, la maîtresse pousse un cri et devient pâle. Elle prend alors une drôle de décision : plutôt que de chasser le moineau, elle veut saisir le chat.
L’un d’eux fait un bond, l’autre rate le rebord.
Je ne sais plus que faire. On voit bien qu’il n’y a pas de feuille dans cette machine, comme on voit qu’elle est vieille et sensible. Elle fait un petit bruit sec quand une touche s’enfonce. Quand on tape vite on dirait qu’elle vous crible de balles. Je rentre le ventre et serre les jambes en laissant le pied nonchalant. Je fais toujours cela : je prends des airs de rien même devant les catastrophes.
le texte est..comme d'habitude, déconcertant mais tellement bien écrit..
RépondreSupprimerLa photo est parfaite!!!l'expression identique au texte..ou l'inverse?
Je vais arréter les commentaires on va finir par croire que vous me payez..mais je suis ultra fan de ce concept, et le jour où vous publiez ce mélange des genres je serai vote première lectrice!
Bon jour à vous deux,
RépondreSupprimerDiantre ! Un seul mot : SUPERBES : Photographie/Texte et inversement.
Et je me permets les quelques mots suivants :
A la machine, la corbeille* frappent la nudité des mots,
Au revers de la pensée assise, chapeautée de l'idée,
De Naître, l'instant se fige, pied à pied d'ici aux repos,
Le tempo de la réflexion se clope au corps délassé !
*la corbeille : ensemble des tiges portant les lettres.(Wikipédia)
Bravo à toutes deux. Je mets votre blog dans mes favoris, diantre ! :)
Max-Louis
Quel texte étrange, qui suscite plein de questions.
RépondreSupprimerLa machine à écrire renvoie au désir d’écrire, mais il n’y a pas de papier. Impossibilité, donc, de dire ce que l’on a à dire. On voudrait, pourtant, la nudité symbolisant le retour à l’essentiel, à l’authentique. Et parler de quoi ? De la vie ou de la mort, qui semble si proche, là, sur le balcon ?
Ecrire, n’est-ce pas prendre des risques ? D’ailleurs, quand on tape vite sur la machine, « on dirait qu‘elle vous crible de balles ». Du coup l’auteure ne fait rien et prend un air nonchalant, histoire d’avoir une contenance devant le drame dont elle a été le témoin.
Mais qui est-elle dans cette histoire ? Le moineau (sa nudité renvoyant à la fragilité de l’oiseau) ou le chat (ce chasseur qui risque sa vie en faisant son métier de chat) ?
Le paradoxe se trouve entre la nudité qui se laisse voir (mais pas « l’essentiel » cependant) dans un désir de clarté et le silence de l’écrivaine en panne d’inspiration qui ne révélera rien d’elle.
j'espère que le modèle vous plait !
RépondreSupprimerHF